• Le mari de mon frère

    Le mari de mon frère

    (Oui je sais. Toute la presse manga l'a déjà encensé. Mais je suis pas la presse. Et bordel de merde, j'ai aimé ce bouquin !)

    Le Mari de mon frère est un manga de Gengoroh Tagame publié depuis 2016 aux éditions Akata en France. Au Japon, il est prépublié dans le magazine seinen "Manga Action" des éditions Futabasha depuis 2014.Le manga a connu là-bas un succès surprise et a même du être réimprimé. L'éditeur Français Akata est célèbre pour mettre en avant des "politiques d'auteurs" particulières. En effet, on retrouve dans leur catalogue des titres engagés comme Orange, Ugly Princess ou plus récemment Perfect World ou Le Bateau-usine. Leur but est de divertir, bien sûr, mais aussi de faire réfléchir.

    Étrangement, c'est une politique qui ressemble un peu à celle qui je mettais en place jusqu'à très récemment avec mes jeunes. L'année dernière, j'ai voulu chercher un manga qui traitait de l'homo-parentalité et de l'homosexualité "ordinaire" notamment pour les jeunes filles biberonnées aux yaoi. Sauf que à l'époque, la référence dans le domaine c'était Daddy Please Fall in love, qui se sert de ce thème d'une manière presque honteuse de ces grandes thématiques pour en faire des faire-valoirs à ses scènes de sexe si typiques du yaoi bas de gamme. Je me suis sentie trahie par les critiques de manga, un peu humiliée au fond de moi. Mais le mal était fait:Le livre trônait déjà dans les étalages de leur CDI. Et cet été, la presse manga c'est emballée. On avait jamais vu un tel engouement et surtout une telle convergence dans les avis. J'ai fini par le voir dans les étagères du manga café, je l'ai dévoré. Je suis rentrée l'acheter en deux exemplaires et j'ai lu la suite en version anglaise comme je pouvais pas attendre la suite.

    Quand on est un peu habitué, qu'on s'interesse aux yaoi alternatifs ou carrément que l'on fréquente les librairies gay de Paris, on connait le trait de Gengoroh Tagama. Il est tellement caractéristique de l'appartenance "Bear" avec ses personnages massifs, un peu bedonnant et poilus. Je l'ai reconnu tout de suite. Sauf que le monsieur, il est plutôt célèbre pour ses manga Bara (manga gay pour les gay) assez...SM ouais. C'était assez surprenant, même en connaissant la thématique du bousin, de le voir s'atteler à un manga grand-public. Heureusement, les mecs poilus en boxer noirs sont toujours là, même sous la jaquette. 

    Et l'histoire ? Elle raconte quoi ? Dans le Japon contemporain, Yaichi est le papa-solo de la petite Kana. Ils mènent une vie calme jusqu'à ce que débarque le géant à barbe Mike Flannagan. Il se présente comme étant le mari du frère jumeau de Yaichi qu'il a épousé au canada. Son mari venant de décéder, Mike vient entamer un pèlerinage tournant autour de la jeunesse à jamais inaccessible de cet homme qu'il a aimé. Yaichi se retrouve à cohabiter avec lui et alors que Kana se révèle être une petite fille tolérante, pleine d'innocence et de spontanéité, son papa se rend compte de tous les préjugés qu'il a accumulé au contact d'une société japonaise conservatrice. 

    Non content d'aborder le sujet de l'homosexualité et de sa perception au travers de nos sociétés, Tagame se paye le luxe d'aborder...*inspire* le deuil, l'éducation, le divorce, l'enfermement social, le rôle des femmes dans la société japonaise, les discriminations de toute sortes et le choc des cultures. VOILA ! Et il le fait BIEN. Chaque chapitre s'accompagne d'un "mini-cours de culture gay" soigneusement documenté.

    Le manga prend son temps, au rythme de la vie. Les dessins soignés et réalistes donnent un cachet presque documentaire à l'oeuvre. Comme dans la vie, tout ne sert pas la narration. Certains passages sont inutiles comme la scène ou Mike se douche après une gueule de bois. (qui nous laisse voir encore plus de poils !) Mais parfois, dans la vie, il y a des choses inutiles. 

    Pour tout dire, je conseillerais ce manga pour les programmes scolaire, en tant que médium privilégié de la tolérance et de l'acceptation. J'irais plus loin: Je le conseillerais aux homophobes. Pour montrer qu'on peut se débarasser de nos clichés et approcher l'unité avec nos pairs. 


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